Conjurer le vertige de la page blanche

2020 nous a tou.te.s donné envie de tourner la page. D’écrire une nouvelle page, au propre et au figuré. Mais cette belle page blanche n’est-elle pas un brin vertigineuse ? Voici quelques pistes pour que votre créativité ne à se dérobe pas à l’appel de l’écriture.

Faire le vide

Vous êtes plutôt du soir ou du matin ? Avant de vous lancer dans l’écriture, trouvez le bon moment, le bon endroit, la bonne température, la bonne compagnie. Tip : un chat, c’est chaud, doux et silencieux. Si c’est le brouhaha d’un café qui vous permet de vous concentrer, foncez ! (dès qu’ils rouvriront 😭)

Maintenant que votre confort est optimal, commencez par vous vider l’esprit. Le tout est de lâcher prise. Faites taire la peur du jugement – il sera toujours temps d’y repenser plus tard. Ne vous mettez pas de pression inutile. Les injonctions bloquent l’inspiration. Take it eazy est sans doute l’un des meilleurs conseils pour faire sortir la créativité de sa tanière.

Dilbert et la créativité – Ne pas se mettre de pression inutile

L’écriture est un processus long et itératif : on écrit, on rature, on reprend. Préparez-vous à être indulgent.e avec vous-même.

“Remember that writing is not typing. Thinking, researching, contemplating, outlining, composing in your head and in sketches, maybe some typing, with revisions as you go, and then more revisions, deletions, emendations, additions, reflections, setting aside and returning afresh, because a good writer is always a good editor of his or her own work.” **

Ecrire pour quoi, pour qui ?

Vous voilà détendu.e. Rappelez-vous pourquoi vous allez écrire. Que ce soit par plaisir ou par devoir, vous en attendez des bénéfices : lesquels ? Vous positionner en expert d’un sujet, faire preuve de pédagogie, lancer un débat… Cet objectif peut sans doute faire apparaître le pensum*, si c’en est un, sous un meilleur jour. Dans tous les cas, ce n’est pas le moment de se laisser aller à la procrastination : eat that frog***!

Une manière de se motiver est de visualiser son public. A qui vous adressez-vous, que voulez-vous leur dire ? Quelle question voulez-vous leur poser, ou qu’ils se posent ? Votre intention est-elle de les informer, de les convaincre ? Que voulez-vous qu’ils retiennent, qu’ils ressentent ? Le premier jet de votre texte peut être une simple transcription de ce que vous leur diriez oralement, s’ils étaient en face de vous.

Faire le plein

Une fois votre objectif clair, il est temps de nourrir votre argumentation. Les hyper-rationnels débuteront par une ébauche de plan, d’autres préfèreront commencer par jeter des idées en vrac. Notez tout ce qui pourra vous être utile – idées, chiffres, émotions, perceptions.

Puis faites des recherches complémentaires, voire des interviews, pour disposer de toutes les données nécessaires. Personnellement, je compile des informations et constitue des dossiers : des bookmarks, des articles, des études complètes. Je les classe dans un fichier Word structuré si le sujet est simple, dans un fichier Excel avec un thème par onglet s’il est complexe.

Lire abondement permet aussi de chercher l’inspiration sur le fond ou la forme, de s’imprégner d’un sujet ou d’un univers, sans forcément tout noter. Pour ne pas risquer le plagiat, il est bon de se donner un peu de temps pour digérer ces informations.

Croiser

L’étape suivante est de sélectionner les idées les plus pertinentes (ce qui est parfois difficile quand on s’est attaché à son sujet : choisir, c’est renoncer). Et surtout de les croiser, car c’est de ces rencontres que jaillira l’originalité du texte.

En innovation, une idée nouvelle jaillit souvent de la conjonction de deux idées existantes. Les enfants y arrivent spontanément dans le jeu, en créant des liens insolites entre les idées. Une fois adulte, la démarche est moins naturelle et doit être provoquée. Des techniques de représentation visuelle peuvent être testées, comme le mind mapping ou le sketchstorm, qui stimulent l’imagination****. Des outils comme Roam aident aussi à combiner et tisser des liens entre les idées selon un principe de créativité combinatoire (plus explicite en anglais : idea sex).

Se lancer

Maintenant, il faut se jeter à l’eau ! Mettre le nez dans la marmite, les mains dans le cambouis. « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas », rappelle à propos une citation attribuée à Lao-Tseu (que je n’ai pas vérifiée).

Commencez à écrire en vous disant que le premier jet ne sera pas parfait – Il ne l’est jamais, pour personne. L’important est de lancer la machine, de se mettre dans le flow. Laissez les paragraphes prendre forme.

Certains jeunes enfants se sentent paralysés par l’écriture. Lors d’un stage auquel j’ai participé à ce sujet, le formateur recommandait de demander à l’enfant de commencer par tracer des lignes au hasard sur la page. Puis d’écrire les lettres ou les mots qui lui viennent à l’esprit, sans intention particulière. Puis d’imaginer un personnage et de le décrire. Et ainsi de suite, pour une amorce progressive et désinhibante de l’écriture.

Si vraiment cela ne vient pas, faites un break : partez vous aérer, faites du sport, écoutez de la musique, adonnez-vous à une activité qui vous donne de l’énergie. Reprenez quand vous sentez que vous avez de nouveau l’esprit alerte.

Pour finir

La suite est plus facile, c’est une question de méthode. Le premier jet doit être retravaillé, si possible après une pause qui facilitera la prise de recul. Il peut être utile de vérifier que les idées sont bien organisées (une idée par phrase, un argument par paragraphe, un fil conducteur de l’introduction à la conclusion). L’enchaînement des idées est primordial. Pour affiner le style, relisez, peaufinez, améliorez à la marge. Si possible, faites relire par un tiers pour débusquer les dernières coquilles.

A vos risques et périls

Toujours bloqué.e ? Voici quelques conseils additionnels glanés dans diverses newsletters, mais jamais essayés. Dites-moi si ça marche pour vous 😊

  • Minuter chaque paragraphe et passer au suivant quand l’alarme sonne. Vous pourrez revenir préciser votre pensée et combler les lacunes plus tard. Efficace paraît-il quand le temps presse…
  • Parler à un objet inanimé (peut-être pas en public…). Raconter à votre pot à crayons ce que vous mettrez plus tard par écrit. Non, n’attendez pas de feedback de sa part !
  • Tricher un peu. Si vraiment vous souffrez, demandez à Portent de trouver des idées à partir d’un sujet, au robot Headlime de générer un titre ou à l’IA d’ArticleForge de cracher tout un article. Pour un billet de blog, vous trouverez peut-être votre bonheur sur Blog Idea Generator. Dans les cas désespérés, le hasard peut faire des miracles (100% des gagnants ont tenté leur chance) : Getrandominspiration. Seul hic, ces sites sont en anglais. Il faut faudra ensuite traduire leurs textes sur DeepL et les éditer.

Selon que vous êtes plus intuitif ou plus méthodique dans votre démarche d’écriture, vous choisirez certaines recettes plutôt que d’autres. Et pour vous, qu’elle est la méthode qui marche le mieux pour (re)lancer votre plume ?

* Pensum : poids de laine que l’esclave devait filer par jour

** Source : How to be a writer

*** Méthode recommandée par certains pour commencer sa journée : parmi tout ce qu’on doit faire, commencer par le plus pénible (ex. manger une grenouille)

**** Allez voir toutes les techniques proposées dans la rubrique « purposeful creativity » de https://nesslabs.com/best

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