[Guest] Cinq conseils pour se relire

Votre grande étude ou votre rapport annuel est enfin rédigé et le texte coulé dans la maquette. Est-ce terminé ? Pas tout à fait ! Avant son impression ou sa mise en ligne, encore faut-il s’assurer qu’aucune coquille n’a échappé à votre vigilance. L’exercice est particulièrement difficile pour qui a été impliqué.e dans la rédaction du texte.

Quelques techniques existent heureusement pour rendre la relecture plus efficace.
Juriste, fondatrice de Point Final et responsable éditoriale, Muriel Bourgeois est particulièrement bien placée pour savoir déjouer toutes sortes de pièges.
Voici cinq conseils qu’elle vous offre pour exercer votre œil.

Coquilles, redites, copier/coller ratés, anachronismes, équivoques… Nous en avons tous laissé dans des écrits plus ou moins importants. Nous en avons tous vu échapper à la plus minutieuse des relectures. Exaspérant… mais pas irrémédiable si l’on décrypte les causes du phénomène. Car peut-on vraiment se relire après avoir écrit ? Celui qui a écrit connaît son propos et en décèle moins facilement les imperfections.

Voici quelques conseils pour vous relire d’un œil de lynx.

1- Structurez

Une relecture optimisée se prépare dès la page blanche. Une fois votre texte écrit, il vous sera difficile, en tant qu’auteur, d’en déceler les défauts. Vous ne serez pas, et ne pourrez plus être, dans la situation du lecteur qui découvre le texte. Vous devrez donc fournir un effort particulier pour traquer ce qui peut manquer de logique. L’idéal c’est donc d’anticiper en ne donnant pas la moindre occasion à l’illogique de prendre ses aises dans votre texte. Pour cela, déroulez-vous un fil d’Ariane dès le début : établissez un plan, même très rudimentaire, de ce que vous voulez exprimer. Notez par exemple certains points essentiels :

  • Que voulez-vous dire ?
  • Dans quel but ?
  • Que sait, et éventuellement qu’attend, le futur lecteur de votre texte ?

Une fois ces points éclaircis, triez les éléments que vous voulez faire figurer dans votre texte, puis choisissez l’ordre que vous considérez comme le plus justifié pour exposer votre propos. Vous aurez, de cette manière, structuré votre texte.

Après la relecture, jetez un dernier coup d’œil à cette trame pour vérifier que vous l’avez respectée. Et si, dans le feu de la rédaction, vous vous en êtes écarté, retracez sommairement le nouveau plan pour vérifier qu’il est logique.

2- Sécurisez

L’équivoque peut se glisser partout. Le tout c’est de la repérer. Car la langue française est si riche qu’il est toujours possible de dire une même chose de plusieurs manières différentes et donc de remplacer une formule ambiguë par une formule limpide.

Lorsque vous écrivez, veillez toujours à vérifier que le sens de votre phrase ne laisse pas de place au doute. Si le sens est clair pour vous, n’oubliez jamais que c’est parce que c’est vous qui écrivez. Mettez-vous dans la peau d’un tiers face à vos mots et demandez-vous s’il comprendrait à coup sûr la même chose que vous. Au moindre doute, préférez une autre formulation pour désamorcer toute erreur d’interprétation.

Voici quelques exemples d’équivoques :

  • « Sur ce projet, je suis le responsable » : être ou suivre ? Si le contexte ne suffit pas à éliminer l’équivoque, il faut choisir un autre verbe car en l’occurrence, à la première personne du singulier du présent de l’indicatif, suivre et être sont identiques.
  • « Sociétés et états musulmans » : « musulmans » s’applique-t-il à « états » seulement ou à « sociétés » et « états » ? Avec cette formulation et sans contexte, il est impossible de le savoir. On peut alors conseiller de choisir une formulation inversée qui lèvera immédiatement le doute. Selon le sens que l’on souhaite on pourra écrire :
    • Soit « états et sociétés musulmans ». Cela indique clairement qu’il est question des états musulmans et des sociétés musulmanes. En constatant l’accord de l’adjectif au masculin juste après le terme « sociétés » qui est féminin, on comprend que l’adjectif qualifie les deux mots et qu’il est fait application de la règle selon laquelle, ici, le masculin l’emporte sur le féminin.
    • Soit « états musulmans et sociétés » : cela indique clairement ici que « musulmans » ne qualifie que le mot « états ».

Il reste quand même quelques cas où l’équivoque a toute sa place. Pensons à ce porte-parole de Joe Biden annonçant, en pleine convalescence de Donald Trump positif à la COVID 19, qu’il reprendra volontiers les débats avec lui « dès lors que cela ne mettra pas sa santé en danger ». La santé de qui ? On se le demande bien et si le double sens est ici volontaire il est fort bien trouvé !

3- Segmentez

Dans une phrase longue et sinueuse, lecteurs et relecteurs risquent de se perdre, butant sur les mots autant que sur les coquilles. Il est admis qu’une phrase à l’intelligibilité optimisée comprend entre treize et vingt mots. N’hésitez donc pas à découper un propos un peu long en plusieurs phrases.

Dans une lettre de motivation par exemple, au lieu de vous embarquer dans une phrase lourde et syncopée du type :

« Je suis particulièrement intéressé par le poste que vous proposez car il correspond parfaitement à ma recherche, d’une part et parce qu’il prolonge idéalement, d’autre part, ma formation et mon expérience professionnelle. »

préférez sans hésiter :

« Je suis particulièrement intéressé par le poste que vous proposez. Il correspond parfaitement à ma recherche car prolonge idéalement ma formation et mon expérience professionnelle. »

Il faut cependant noter que la phrase longue bien construite peut avoir beaucoup de style et des justifications parfois intéressantes. Elle n’est donc pas à bannir systématiquement ! Le tout est, dans ce cas, de la travailler avec soin, de la ponctuer de manière à ce que votre lecteur respire et de la relire le plus possible. Il est préférable, en outre, que votre phrase longue soit précédée et suivie de phrases courtes.

4- Scrutez

C’est souvent en profitant du confort qu’offrent les fonctions rédactionnelles du numérique que vous risquez d’oublier les règles élémentaires d’attention. Beaucoup de coquilles résultent de manipulations qui tournent mal.

N’entreprenez donc un couper/coller ou un copier/coller qu’avec une totale vigilance et contrôlez systématiquement ce que cela donne en relisant le passage entier pour vérifier que la greffe a bien pris.

De même, n’accordez qu’une confiance toute relative au correcteur orthographique de votre ordinateur. Taper vite, ne pas appuyer sur la bonne touche, ne pas bien coordonner ses pouces… Nous ne sommes pas infaillibles. Le correcteur orthographique nous le rappelle quotidiennement. Pourtant son contrôle ne couvre pas tout. Par exemple, il ne fonctionne pas toujours pour les mots tapés en majuscules et, d’une manière générale, il n’est pas, lui non plus, infaillible ! Ainsi il ne verra pas :

  • L’espace mal placé lorsque les mots formés par erreur existent :
    « Pourvu que ça dur eau moins » au lieu de « Pourvu que ça dure au moins »
  • Les coquilles lorsque les mots formés par erreur existent :
    « Lune » au lieu de « L’une »
    « Encre » au lieu de « Encore »
    « Je vous souhait bonne réception de ce document » au lieu de « Je vous souhaite bonne réception de ce document »
  • Les fautes lorsque les mots formés par erreur existent :
    « On ne peu plus simple » au lieu de « On ne peut plus simple »
    « Elle viendra peut être » au lieu de « Elle viendra peut-être »
  • Les fautes de français :
    « J’aime pas » au lieu de « Je n’aime pas »
    « Pour palier à votre problème » au lieu de « Pour palier votre problème »

5- Surprenez-vous

C’est trop souvent après coup que les coquilles sautent aux yeux. Elles attendant que le mail soit envoyé ou que le texte soit publié pour apparaître sournoisement comme nimbées de lumière là où votre rétine les avait laissées passer relectures après relectures !

Rien de surnaturel pourtant dans ce phénomène qu’on pourrait croire maléfique. Il trouve son unique cause dans votre manque de recul. Vous avez écrit ces lignes. En les relisant, vous n’avez pas découvert vos propres mots. Votre œil les a survolés plus que déchiffrés. À vous donc de le forcer à se concentrer vraiment. Et pour ce faire, tentez tout naturellement un petit trompe-l’œil.

Si vous le pouvez, changez de support. Votre texte est rédigé sur ordinateur ? Imprimez-le pour le relire. Si vous ne le pouvez pas ou si vous préférez éviter d’imprimer, copiez le texte dans un autre document et changez la police de caractères et la mise en page. En créant cet aspect neuf pour votre œil au moment de la relecture, vous provoquez un petit chamboulement très utile. Votre œil peut moins céder à la facilité de repasser sur un texte dont il se souvient et se trouve plus dans la découverte après cette modification de forme.

Si vous le pouvez également, relisez-vous à haute voix et soyez votre propre public. L’oral peut vous permettre d’éliminer bien des lourdeurs mais aussi d’identifier ce que la rhétorique appelle les kakemphatons. Ils sont les effets sonores incongrus, et parfois redoutables, qui peuvent passer inaperçus à l’écrit. Voici un exemple célèbre : dans sa première version d’Horace en 1641, Corneille écrivit (acte 1, scène I) :

« Je suis romaine, hélas, puisque mon époux l’est
L’hymen me fait de Rome embrasser l’intérêt »

Puis l’auteur préféra, en 1656 :

« Je suis romaine, hélas, puisqu’Horace est romain
J’en ai reçu le titre en recevant sa main »

Cette nouvelle version fit disparaître de la fin du premier vers originel l’effet sonore malencontreux produit : poulet, époux laid.

Et pour boucler la boucle, la relecture à voix haute vous permettra parfois aussi d’éliminer à l’oreille ce qui passe inaperçu à l’œil, comme certaines liaisons inélégantes ou parfois même source d’équivoque.

Par exemple : « Suédois et Norvégiens ». À l’écrit, rien à redire, on comprend que cela désigne les habitants de Suède et de Norvège. À l’oral en revanche, avec la liaison, on peut avoir un doute et se demander si c’est toute la population de la Suède ou seulement sa population féminine qui est visée. Si le texte est destiné à être prononcé l’oral, il suffit, pour dissiper le doute, de faire disparaître la liaison en inversant l’ordre et d’écrire : « Norvégiens et Suédois »

Maintenant, à vous de jouer ! Lors de votre prochaine relecture, sssssuivez le guide !

2 commentaires sur « [Guest] Cinq conseils pour se relire »

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